Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog intimiste où vous trouverez mes poésies, mes textes, mes nouvelles, et mon parcours d'écrivain en devenir !

Publicité

Macao blues


Journal l’Univers du 11.09.2767   Planète Macao blues – An 2767

Un vieux manuscrit vient d’être récupéré sur cette planète découverte il y a à peine 10 ans par les spationautes de l’A.M.U (Agence Mondiale de l’Univers). Jusqu'à lors, seuls les relevés géophysiques, biologiques et spatiaux temporels récoltés lors des nombreuses missions de nos spationautes sur cette planète faisaient état de la probabilité de l’existence d’une vie antérieure. Aujourd’hui, cette découverte capitale ne laisse aucun doute sur le fait que Macao Blues a bel et bien été habitée. Reste à savoir à quelle époque, dans quelles conditions et par qui. De nouvelles recherches vont donc très prochainement être entreprises à l’aide du manuscrit dont voici en avant première, quelques extraits :   EXTRAIT 1er – Le guérisseur et la mort « Je m’appelle Ursua Moên. Je suis un jeune magicien des mots. Je ne suis pas plus haut que trois pouces, et réside dans les contrées oubliées de  « La Terre écorchée » , au fin fond de la Province d’Eightball boogie. J’habite sur un tout petit astre niché entre la constellation de la conjuration du 3ème ciel cui prodest (à qui le crime profite) et celle du 5ème ciel,  beaucoup plus avenante et pacifique que la première. Ma présence sur cette planète est indispensable à la sauvegarde de notre culture et de notre civilisation. Ma mission suprême est de faire vivre les mots pour qu’on ne les oublie pas, comme un gardien du feuveillerait à ce que celui-ci ne s’éteigne jamais. En effet, notre planète a été frappée par un sort il y a quelques années lumières de cela, au temps des poisons, alors que les planètes de notre constellation se livraient une guerre sans merci pour obtenir le titre envié de la « Planète Souveraine des Mots ». En effet, la planète qui aurait la possession du vase sacré contenant l’eau du diamant, pourrait à jamais dominer le langage universel et devenir Maître de l’Univers. Cette époque fut appelée « le temps des poisons » car nombreuses furent les imitations de vases sacrés où du poison avait remplacé l’eau de diamant. Cette supercherie conduisit à la mort de milliers de personnes. Notre planète, la plus pacifique de toutes les constellations, obtint finalement le vase sacré, mais une autre planète très hostile, celle de la constellation de la conjuration du 3ème ciel, ne joua pas franc jeu et nous frappa d’un sort étrange amenant peu à peu la disparition de notre langage jusqu’à son extinction définitive le jour où la lune noire prendrait possession de l’âme de nos enfants. Depuis donc, jour et nuit, je veille sur mes compatriotes afin qu’il se souviennent le plus longtemps possible de leur langue maternelle, en attendant que je trouve le Mot qui brisera ce sort terrible. Certains de mes compatriotes sont malheureusement déjà bien atteints par cette calamité. Certains perdent leurs mots ou encore emploient des mots pour d’autres. C’est le cas de ma collègue tatouée, qui hier encore, m’a dit : « quel sacrilège à Rome ! » alors qu’elle voulait plutôt dire « quel florilège d’arômes »…. Je me souviens, alors que j’écris, d’une autre expression tout aussi drôle qu’elle avait employé la semaine dernière : «Paternel à mort » pour dire tout simplement «fraternel apport ».  C’est de pire en pire. Et je me sens bien seul pour lutter. D’autres, comme ma sœur, ce boulet, se mettent à parler en rébus et le loup-garou de Londres (entendez par là mon cousin – c’est son surnom) se met à peindre sur sa toile sanglante des espècesd’ombres mortes, un peu dans le style sang et lumière, et cela me met dans une colère blanche ! Je voulais dire, noire. Décidément, moi aussi je dois faire attention. Parfois j’en ai tellement assez que je le traite de « petit assassin » et préfère me réfugier dans ce que j’appellerais le chant de l’océan, une espèce de chambre du diable, que dis-je, une chambre agréable, où je puise la force intérieure qui me permet de jouer avec les mots, de les dompter et de les rendre plus vifs, plus chantants, plus vivants. Pour ne pas devenir comme tous, et parce que repose sur moi et moi seul l’espoir de trouver remède à ce sortilège, je fais des exercices quotidiens en jonglant avec les mots en attendant de trouver l’antidote à nos propres maux. Mais le temps m’est compté. Dans Le Manuscrit de Pythias que je suis en train d’écrire, au chapitre « Génèse : rupture dans le réel », le temps n’est rien. La vie n’est faite que de mots. Je leur redonne vie comme lorsque Cendrillon retrouve le bonheur alors qu’elle s’aperçoit que le chausson de verre trouvé par le Prince est bien le sien. Comment est-ce que je fais ? Je suis magicien, n’oubliez pas. Je ne dévoilerais certainement pas mon secret, promesse de samouraï ! C’estle secret de Moên ! Et sous la camisole de force, même mort de trouille, si jamais j’étais amené à parler du 3ème secret que comporte mon tour de magie, vous ne pourriez y avoir accès en totalité, celui-ci aliénant les deux précédents. «   

EXTRAIT 2ème (écrit peu de temps semble-t-il avant l’extinction de la planète) 

« Je n’ai pas été à la hauteur. Je sais aujourd’hui que la fin approche. Je suis le dernier survivant de cette planète. Puisse un jour l’humanité se souvenir de nous. Les mots me manquent. La lune noire a pris possession de toutes les âmes de nos enfants. J’achève ce manuscrit in lacrima christi, comme auraient dit nos lointains ancêtres. La lune recouvre peu à peu notre planète dans la nuit. Je n’y vois presque plus. Le cri de l’ombre me fait froid dans le dos. Je deviens un ange, l’ange oublié : la cour royale de ma planète ne sera plus comme avant. Je n’ai pas trouvé le Mot magique qui aurait pu nous sauver. Puisse un jour l’humanité me pardonner. »

Nanou © Octobre 2007
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
C'est une jolie expression, Sam !<br /> Nanou
Répondre
S
Une histoire originale. Moên est le Bernard Pivot de Macao Blues.
Répondre