Dimanche 6 juillet 2008

Dans sa tour d’ivoire depuis 4 mois, une jeune femme jadis d’une exceptionnelle beauté a le sourire décomposé devant l’image de déchéance que lui renvoie son miroir…

O miroir,   mon beau miroir, dis-moi que je suis la plus belle… s’entend-elle lui susurrer, les cheveux en bataille et les yeux mal fardés. La solitude lui pèse.  Elle l’a peu à peu dépouillée de tout télescopage social ou communautaire : ses amis, sa famille, son club de gym… Alors elle a pris l’habitude de parler aux objets qui l’entoure. Elle s’imaginait forte, solide, et imperméable à tout ressenti négatif.Mais le silence, c’est plus fort qu’une absence, c’est une véritable souffrance ; On ne s’y habitue pas.  Et l’expérience qu’elle avait débutée au mois de Novembre dernier s’annonçait bien difficile. En effet, aussi farfelu que cela puisse paraître, elle s’était mis en tête que tout bon écrivain devait s’approprier au mieux son personnage afin que le lecteur puisse volontiers s’identifier à lui. C’était ça, la réussite d’un bon roman. Et l’histoire de son roman, son histoire finalement maintenant, était celle d’un écrivain maudit dont les œuvres ne furent révélées qu’après sa mort, un homme à la formidable écriture qui ne connut la gloire qu’une fois qu’il eut les quatre pieds sous terre. Elle voulait à tout prix ressentir ce qu’il avait vécu pendant ces longues années de réclusion où finalement il s’était quelque part enchaîné aux mots dans une alchimie somme toute, destructrice. Jeanne, dont l’extravagance, l’avait déjà poussée à de nombreuses reprises à commettre des actes insensés sous prétexte d’obtenir un jour ce Goncourt qui lui assurerait pouvoir et reconnaissance, se sentait désormais s’engouffrer dans un tourbillon lancinant de non retour.Comment pouvait-on à ce point là vivre indifféremment dans un cachot, à contretemps, sans se soucier de ce qu’il se passait dehors, des évènements, des saisons, avec pour tout contact humain, deux repas amenés tous les jours à la même heure par son ami Pascal et déposés sur le paillasson, Pascal qui ne s’était visiblement pas montré assez persuasif pour la dissuader de se lancer dans cette aventure quelque peu... lamentable. Car, l’exclusion à laquelle elle s’était obligée toute seule, pas plus que le silence de la pièce dénudée de tout matériel multimédia, ne semblaient lui être favorables à l’écriture. Un jour, n’en pouvant plus, mais trop fière pour s’avouer vaincue, elle décida de simuler un malaise afin que son ami Pascal rentre dans la pièce et rompe ce silence exacerbé qu’elle ne pouvait supporter davantage. Ce qu’il fit. Mais pas comme elle l’espérait. Il se mit à rire, à jubiler même de la voir feindre ainsi aussi mal un quelconque malaise. Ni d’une ni d’eux, dans un courroux d’une rare violence, Jeanne la recluse, décontenancée par le mépris de son ami, se jeta sur lui comme un ogre sur sa proie et dans la lutte, tenta de l’égorger...


Nanou, novembre 2007

 

par Nanou publié dans : Mes poésies communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Retour à l'accueil

Sommaire Blog

Creative Commons License
Ce/tte création est mis/e à disposition sous un contrat Creative Commons.
Tous les textes de ce blog sont déposés et font l'objet d'un copyright

Ecrivain sur Annuaire des arts

Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus